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La revanche scolaire

Des élèves multiredoublants, relégués, devenus superdiplomés

Bertrand Bergier, Ginette Francequin

 

Editions Erès. ISBN: 2-7492-0535-2 (2006) 23 €

Dernière de couverture

 Ils ont redoublé deux à cinq fois entre la maternelle et le bac, ils ont été orientés vers des cycles courts : sixième de transition, CPPN, CAP, BEP, ils ont parfois été rétrogradés ou ont décroché. Leur entourage n'imaginait pas qu'ils puissent « aller loin », voire les déclarait « incapables », « nuls », « inaptes aux études ». Et pourtant ces élèves ont tous validé au minimum un second cycle de l'enseignement supérieur : ici une maîtrise en sciences de la vie et de la terre, en lettres et arts, là un troisième cycle en sciences humaines et sociales ou en droit, ou encore ils sont devenus ingénieurs, médecins, avocats...

Pourquoi et comment ces élèves, qu'ils soient issus de milieux populaires ou d'origine bourgeoise, malmenés au cours de leur traversée scolaire, parviennent-ils à accéder aux sommets de l'enseignement supérieur ? Quelles ont été les conditions et les dynamiques de ces parcours scolaires atypiques ? Même si ces itinéraires ne concernent qu'une minorité, l'analyse conduite par Bertrand Bergier et Ginette Francequin est porteuse d'espoir pour tous les jeunes en délicatesse aujourd'hui avec l'école. Parents, éducateurs, enseignants, professionnels de l'orientation scolaire trouveront là matière à réfléchir sur les outils à leur disposition, les passerelles existantes ou à créer, les relations qu'ils établissent avec les jeunes, la manière dont ils peuvent valoriser les compétences et éviter les jugements définitifs.

Bertrand Bergier, professeur à l'université catholique de l'Ouest, professeur associé à l'université de Sherbrooke, directeur de l'Institut des sciences de la communication et de l'éducation d'Angers, membre du laboratoire de recherche en éducation et formation (LAREF).

Ginette Francequin, maître de conférences en psychologie, membre du Laboratoire GRIOT, groupe de recherche interdisciplinaire sur l'organisation du travail (CNAM UMR LISE CNRS).

Table des matières

PROLOGUE

 1. INÉDITS ET ORIGINALITÉS

 Des parcours à faire « mentir les statistiques »

Le jeu des rapports sociaux

Le jeu des passerelles.. ...

Le jeu des histoires singulières

A la rencontre des rescapés du système scolaire

Du qualitatif en quantité

Mise en oeuvre d'une pratique restituante

Clés de lecture

 2. DES RAISONS D'ESPÉRER

Loulou : « Tu n'arriveras jamais à rien dans la vie »

Jenny : J'étais virée

Jorge : Ils vont voir si je ne suis pas capable !

Alex : Faire face et m'en sortir

Suzon : Droit au but, quoi qu'il en coûte

Simon : Il n'y a pas que les biens-nés qui peuvent réussir

Mériem : L'école, c'était l'issue de secours, ma liberté

Armand : À partir du moment où j'ai décollé, ça a été mieux .

 3. DE LA PUISSANCE DU GENRE

Les filles se sous-estimeraient plus facilement .

Les filles auraient une lecture aggravante des difficultés scolaires

Les filles deviendraient moins ambitieuses

Rapport pénalisant des filles à l'âge et à la pulsion d'indépendance

Un type de décohabitation défavorable aux étudiantes

4. DE l'IMPORTANCE DE L'AGE

Avoir un an d'avance

Des enfants de la fin de l'année

Plus « jeune » et finalement plus « vieux »

 5. DU POIDS DES ORIGINES

Entre multiredoublement et cycle court : un choix socialement construit

Lautosélection varie selon le milieu social

Outre le milieu, influence des groupes fréquentés

6. DU RÔLE DES PARENTS

Des dispositions parentales socialement différenciées

Absence d'attente parentale concernant les atypiques relégués

« Va le plus loin possible » pour les atypiques non relégués

Un encadrement « à la maison » limité au primaire

 Des cours particuliers au collège pour les atypiques

 7. DE L'INFLUENCE DU LIVRE

Un rapport différent aux livres selon le type de carrière scolaire

 8. LES CHEMINS DE LA SECONDE

Les détours par des structures marginales plus ou moins innovantes

Les classes passerelles

Les passages incertains en cycle long

Les contournements du bac

 9. FACE À UNE RELÉGATION INSTITUTIONNALISÉE

Un réseau de plus en plus complexe... .mais une circulation ordonnée et filtrante

Pourquoi les passerelles ne se développent-elles pas ?

 10. COMMENT SORTIR DE LA RELÉGATION

L'explication par l'intèrêt: un intérêt limité

L'explication par les ressources affectives : une ressource trompeuse

 11. LEXPERIENCE DE LA « BONNE NOTE »

Rupture informative et statutaire avec le passif scolaire

Un système d'évaluation délivré de la "constante macabre"

La politique de notation de l'établissement

Retrouver l'estime de soi et la confiance en soi

12. L'EXPERIENCE D'UN CHOC CULTUREL PORTEUR

Un choc extrascolaire

S'identifier à "ceux qui font des études"

Avantage d'une décohabitation culturelle

-

13. L'EXPÉRIENCE DU DÉCLASSEMENT ET DU MÉPRIS

L'épreuve du déclassement : la conviction de ne pas être à sa place

L'expérience du mépris : une revanche à prendre

Une revanche nourrie par un sentiment d'injustice

Une revanche qui s'oppose à la résignation

 14. DES CONDITIONS POUR SORTIR DE LA RELÉGATION

Des complicités de l'intérieur

Un contexte extérieur dissuadant

 15. LASCENSION DES MULTIREDOUBIANTS : DE LA SOUMISSION

La pression parentale : des parents déterminés pour leur enfant

La pression exercée par les parents migrants

L'autopression : des enfants déterminés pour leurs parents

 16. ... À L'ÉMANCIPATION

Retour critique sur soi, sur la structure scolaire et le milieu familial

L'opportunité d'un nouveau départ

Une mobilité intégrée à la stratégie de mobilisation scolaire

 CONCLUSION

Du côté de l'institution éducative

Du côté du sujet élève

« Vouloir sa revanche »

Un double appui : « sur » et « contre »

Se qualifier précocement ou redoubler ?

Des stratégies douloureuses, mais gagnantes

Souffrance psychique en milieu populaire

Points douloureux... en milieu bourgeois

Force et fragilité de ceux qui réussissent leur revanche, quelle que soit leur origine

Et, si, à l'école, « tous les enfants devaient naître et demeurer libres et égaux »

Prévenir et soigner

Une aide personnalisée ?

Toutes petites utopies

ANNEXES BIBLIOGRAPHIE TABLE DES SIGLES

Un passage

<<Armand est né en 1947. Son père, qui est issu d'un milieu « extrêmement modeste et peu apte à le diriger au sein d'un système scolaire incompréhensible », s'est débrouillé tout seul : il a eu son bac, puis un diplôme de technicien. Il a passé ensuite des concours administratifs. « Cela ne lui a pas suffi. Il est devenu ingénieur des Ponts et Chaussées. » Sa mère, quant à elle, est fille d'officier. Elle a eu son bac et à fait des études de médecine, ce qui, en 1937, pour une femme, est « extrêmement rare ».

Armand ne se souvient pas du primaire. Si ses parents lui rappellent qu'il a eu le prix d'excellence en fin de classe maternelle, qu'il est entré avec un an d'avance en CP, lui se contente d'évoquer un parcours laborieux. Au terme du CM2, il doit d'ailleurs être orienté vers un cycle court. La famille s'y oppose et fait valoir des capacités à poursuivre des études longues.

L'enfant est déstabilisé par l'entrée au collège. D'une école familiale de cinq classes, il se retrouve dans un établissement comprenant « des milliers d'élèves ». Il se sent perdu dans « un monde anonyme ». Il connaît des périodes d'indiscipline et a du mal à suivre dans les nouvelles matières : en anglais, en latin...

A la fin de la cinquième, on lui propose le redoublement. Ses parents préfèrent que celui-ci ait lieu dans un autre établissement. Le redoublement dans une autre structure ne modifie pas ou peu ses performances scolaires. Son père étant muté, il déménage et entre en quatrième dans un nouveau collège.

Sa soeur aînée « marche bien » à l'école, son frère cadet et sa jeune soeur également. Les résultats d'Armand contrastent avec ceux de la fratrie. Les attentes parentales en matière de réussite scolaire se révèlent très fortes. L'enfant fait figure de « vilain petit canard ». Les tensions familiales sont vives. Il perçoit le désespoir de ses parents face à ses mauvais résultats.

Il redouble sa quatrième et passe difficilement en troisième. Il aurait redoublé cette classe, explique-t-il, si son père ne lui avait donné quelques cours et ne l'avait « mis au travail » au dernier trimestre...>> p. 59

Commentaire

Un livre qui me touche particulièrment, car c'est un peu mon cas!!!

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